Combien de temps un avocat passe-t-il vraiment sur ses emails ?
Le temps de lecture n'est que la partie visible. Entre arbitrage, classement et coût d'interruption, la boîte mail coûte bien plus que ce qu'indique le chronomètre.
— Équipe VoxNow — 6 min de lecture
Chronométrer le temps passé sur sa boîte mail donne un chiffre faux, et systématiquement sous-évalué. Trois coûts s'additionnent, et celui qui pèse le plus n'apparaît sur aucun chronomètre.
Coût 1 : la lecture, la seule partie visible
C'est le temps que tout le monde mesure : ouvrir, lire, comprendre. Pour un cabinet solo recevant une cinquantaine d'emails par jour — ordre de grandeur déclaré par Maître Bastien Lombaerd lors d'un webinaire consacré à l'IA au cabinet (rediffusion) — cela représente déjà une part significative de la matinée.
Mais le volume brut est trompeur. Un cabinet qui reçoit cent messages dont dix appellent une action est mieux loti qu'un cabinet qui en reçoit trente dont vingt-cinq sont substantiels.
Coût 2 : l'arbitrage, invisible et permanent
Avant même de lire, il faut décider s'il faut lire. Puis, après lecture : est-ce que je réponds maintenant, est-ce que je classe, est-ce que je supprime, est-ce que je garde pour plus tard ?
Chacun de ces micro-arbitrages dure quelques secondes. Répétés cinquante fois par jour, ils constituent une charge cognitive continue qui explique la fatigue disproportionnée d'une matinée passée « juste à traiter des mails ».
C'est ce coût que le classement automatique supprime en priorité — pas le temps de lecture, mais le temps de décider quoi lire.
Coût 3 : l'interruption, le plus lourd
Un email consulté au fil de l'eau interrompt autre chose. Et l'interruption ne coûte pas la durée du message.
Les travaux de Gloria Mark et de ses coauteurs montrent que les tâches reprises après interruption sont exécutées plus rapidement, mais au prix d'un stress, d'une frustration, d'une pression temporelle et d'un effort mesurablement supérieurs (The Cost of Interrupted Work, CHI 2008).
Ce résultat mérite d'être pris au sérieux dans un cabinet : on ne perd pas du temps après une interruption, on compense en accélérant. C'est exactement ce qu'on ne veut pas faire sur des conclusions.
Le chiffre observé après réorganisation
Le praticien cité estime son gain entre une heure et une heure trente par jour après la mise en place d'un classement automatique et d'accusés de réception. Ce gain ne vient pas d'une lecture plus rapide : il vient de la suppression de l'arbitrage et de la possibilité de travailler par blocs.
Il s'agit d'une estimation déclarée pour un cabinet donné, pas d'une moyenne sectorielle. Elle indique un ordre de grandeur et se vérifie sur sa propre pratique.
Le coût qu'on oublie : les relances
Une partie du volume entrant d'un cabinet n'apporte aucune information nouvelle. Ce sont des personnes qui vérifient : avez-vous reçu mon mail ? Avez-vous vu ma pièce ? Ces messages génèrent parfois un appel, parfois une relance sur un autre canal.
Le même praticien rapporte que ce volume a simplement disparu après la mise en place d'accusés de réception personnalisés. Supprimez le doute, vous supprimez la relance — et le temps qu'elle coûte des deux côtés.
Comment mesurer honnêtement chez vous
Trois chiffres, relevés sur une semaine ordinaire hors vacances judiciaires :
- Le volume quotidien, en distinguant les messages qui appellent une action de ceux qui n'en appellent aucune. Le ratio compte plus que le total.
- Le nombre de consultations par jour, notifications comprises. C'est votre exposition à l'interruption.
- La proportion de relances — messages qui ne font que vérifier la réception d'un précédent. C'est le gisement le plus facile à supprimer.
Ces trois chiffres valent mieux qu'une estimation de mémoire, et ils fournissent la seule base de comparaison honnête trois mois plus tard.
Le cadre applicable
Un cabinet traite dans sa messagerie des données personnelles souvent sensibles. Le RGPD impose des mesures de sécurité proportionnées au risque (Règlement (UE) 2016/679) et l'Autorité de protection des données publie les orientations belges. Le secret professionnel, rappelé par AVOCATS.BE, s'étend à tout prestataire.
Questions fréquentes
Faut-il viser la boîte vide ?
Non, et c'est un objectif contre-productif en cabinet. Viser une boîte triée est plus utile : savoir où se trouve chaque chose vaut mieux que tout avoir traité.
Le volume d'emails augmente-t-il vraiment ?
Ce qui augmente surtout, c'est la part de messages sans valeur opérationnelle — notifications de plateformes, newsletters, copies pour information. Les traiter comme du courrier est l'erreur de départ.
Combien de temps pour voir un effet ?
Deux à trois semaines pour que le classement se calibre sur vos correspondants habituels, et un mois pour que la disparition des relances devienne visible.
Est-ce différent dans un cabinet à plusieurs ?
Le volume par personne est souvent plus faible, mais s'y ajoute le coût de coordination : savoir qui traite quoi. Le routage devient alors aussi important que le classement.
Le système, présenté à 150 avocats belges
Une fois le temps mesuré, la question devient : quelle part de ces heures relève d'un arbitrage juridique, et quelle part relève d'une manipulation d'information que personne n'a envie de faire ?
En juin 2026, nous avons présenté ce dispositif au cours d'un webinaire réunissant 150 avocats belges. Des confrères qui l'utilisent au quotidien y expliquent ce qui a changé concrètement dans leur boîte de réception, et ce qui n'a pas changé du tout.
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